dimanche 17 mai 2015

Tu quoque, fili : rituels de l'enfance.


                                        Vous pensez à Jules César, et vous voyez le fier conquérant drapé dans son manteau de Général; vous pensez à Cicéron, et vous voyez l'orateur indigné fustigeant Catilina; vous pensez à Marc Aurèle, et vous voyez l'Empereur penché sur ses écrits philosophiques. Et pourtant, avant d'être de grands hommes, ces trois-là ont été des petits garçons, au même titre que le charpentier, le Sénateur, le marchand, le gladiateur... J'ai déjà abordé l'enfance dans la Rome antique en évoquant les jouets (ici) et l'éducation (), mais il y a un thème important dont je n'ai pas encore parlé : les cérémonies qui marquent la naissance et le déroulement de l'enfance, chez les citoyens romains.


Le mot pour le dire : dans la loi et en pratique.


                                        En guise d'introduction, il convient d'abord de définir ce qu'est exactement un enfant du point de vue législatif. En préambule, il faut noter que ces dispositions ne concernent que les garçons, puisque les filles restent sous l'autorité de leur père, puis de leur mari, et sont donc assimilées à des mineures de leur naissance jusqu'à leur mort (voir plus bas). Sous la royauté, la société est divisée en plusieurs classes d'âge, qui correspondent au statut militaire des individus : jusqu'à 17 ans, le Romain est un puer, qui ne peut pas être mobilisé. Il devient ensuite majeur et passe dans la catégorie des iuniores (jusqu'à l'âge de 46 ans où il fait parti de la classe des seniores.) La majorité juridique, indépendante de ces divisions d'âge, intervient à la puberté : à 14 ans pour les garçons, 12 ans pour les filles.


"Petit garçon en déguisement de soldat romain." (Tableau de Nicolas Maes.)


                                        Avec l'expansion de la République romaine et les guerres des premiers siècles avant J.C., de nombreux enfants sont orphelins. Placés sous la protection de l’État de leur majorité jusqu'à l'âge de 25 ans (puis de 17 à 27 sous Sylla), ils reçoivent le nom d'adulescentes. Plus tard, le code de Justinien établit une nouvelle subdivision, désignant par le terme infantia l'âge allant de la naissance à 7 ans, considéré comme l'âge à partir duquel un enfant est capable de raisonner.

                                        En pratique, ces termes juridiques ne recouvrent pas toujours la réalité de la langue latine. Il n'est donc pas inutile de se pencher sur le vocabulaire, puisqu'il existe de nombreux mots désignant l'enfant. Cette simple énumération donne déjà une idée de l'évolution de son statut. On rencontre par exemple le mot liberi, qui regroupe indifféremment la descendance du pater familias. Plus tard, apparaissent les termes individuels de filius / filia, qui désignaient à l'origine celui ou celle qui tète. On emploie aussi nepos (neveu ou petit-fils), spurni (bâtards) ou proles (descendance.) Ce dernier terme a donné le mot prolétaire, pour parler de ceux qui ne paient pas l'impôt et ne fournissent à l’État que leurs fils mobilisables. Enfin, le mot infans signifie d'abord "celui qui ne parle pas", mais le sens évolue et nous avons vu qu'il est employé pour l'enfant jusqu'à l'âge de 7 ans - époque où l'éducation du petit garçon, jusque là confiée à sa mère, est désormais prise en charge par son père.
 "Dès que ce fils eut atteint l’âge de raison, il [Caton] le prit auprès de lui pour l'instruire dans les lettres, quoiqu'il eût un esclave honnête, nommé Chilon, qui était bon grammairien, et qui enseignait plusieurs enfants. (...) Il fut donc lui-même le maître de grammaire du jeune Caton, son guide dans l'étude des lois, et son maître d'exercice. Il lui enseigna non seulement à lancer le javelot, à combattre tout armé, à monter à cheval; mais encore à s'exercer au pugilat, à supporter le froid et le chaud, à traverser à la nage le courant le plus rapide ." (Plutarque, "Vie de Caton le Censeur", XXXI.)


Un père et son enfant. (Sarcophage, Musée du Louvre.)


                                        Bien connu des latinistes, le mot puer - au départ celui qui n'est pas encore vir et ne prend pas les armes pour défendre la Cité - change progressivement de sens : il désigne aussi le jeune amant, notamment en poésie et dans les milieux les plus aisés. Son équivalent féminin, puera, se transforme en puella : employé pour parler d'une jeune fille, il s'oppose à la virgo (vierge) - et qualifie donc parfois, tout naturellement, la jeune maîtresse. 


L'enfant soumis à l'autorité paternelle : abandon et exposition.


                                        On remarque que presque toutes ces appellations renvoient l'enfant à sa position au sein de la famille : il n'est défini que par son rapport au pater familias, avant même de l'être physiologiquement. Et pour cause : la famille romaine, qui comprend non seulement le couple parental et les enfants mais aussi les descendants (qu'ils vivent ou non sous le même toit) et les esclaves, est toute entière soumise à son autorité. En tant que chef de famille, il détient un pouvoir quasi-absolu, la patria potestas, en vertu duquel il décide par exemple des mariages, mais aussi des châtiments. A ce titre, il exerce un droit de vie et de mort sur l'ensemble de la maisonnée, et peut décider de vendre en esclavage un membre du foyer - enfants inclus. Toutefois, ces dispositions disparaissent vers la fin du Ier siècle avant J.C. (la dernière "exécution" paternelle date du règne d'Auguste), et on considère à partir du siècle suivant que le meurtre d'un fils par son père est punissable par la loi. Même si un tel crime est jugé bien moins sévèrement qu'un parricide !  
"Le terme potestas a plusieurs significations : il signifie par imperium la juridiction des magistrats; par patria potes­tas, la puissance des pères sur leurs enfants; et par dominium, l'autorité des maîtres sur leurs esclaves. " (Paulus, "Digeste Justinien", L - XVI - 215.)

Cérémonie du dies lutricus. (Voir plus bas.)



                                        Cette toute-puissance paternelle s'exerce dès les premières heures après la naissance de l'enfant. A peine né, le bébé est déposé aux pieds de son père : s'il le soulève dans ses bras, il le reconnaît comme sien et l'admet au sein de la famille (le geste et ses conséquences juridiques s'appellent le tollere liber), avec tous les droits et privilèges afférents. Dans le cas contraire, l'enfant est abandonné, sans famille et sans protection, et il est exposé - c'est-à-dire qu'on le dépose dans la rue, où il mourra vraisemblablement de faim ou de froid, à moins d'être la proie des chiens errants. On le laisse par exemple sur un tas d'ordures - le nom de Stercorius, que l'on rencontre souvent sur les inscriptions funéraires, semble par exemple directement lié à cette pratique puisqu'il renvoie aux déchets et aux ordures ménagères. Mais parfois, on l'abandonne dans des endroits plus fréquentés, comme la colonne Lactaria sur le forum Holitorium, où il sera peut-être recueilli. Le sort des enfants exposés n'en est pas moins hasardeux : certains seront adoptés par un couple en mal d'enfants, d'autres trouvés par un marchand d'esclaves qui les revendra plus tard, d'autres enfin exploités par des mendiants qui n'hésiteront pas à les mutiler afin d'apitoyer les passants. Ce dernier exemple n'est pas si anecdotique qu'il y parait, puisque plusieurs lois sont votées afin d'obliger ceux qui recueillent un enfant trouvé à le déclarer et à préciser leurs intentions.


                                        Ce genre d'abandon concerne les enfants illégitimes, atteints d'une difformité physique ou simplement nés un jour néfaste. Suétone rapporte par exemple que, le jour de la mort de Germanicus, "on jeta des pierres sur les temples, on renversa les autels des dieux, quelques-uns jetèrent dehors les dieux Lares protecteurs de leurs familles et exposèrent leurs nouveau-nés." (Suétone, "Vie de Caligula", 5.) Cependant, l'exposition peut aussi frapper une enfant légitime et en bonne santé, puisqu'elle repose sur la seule décision du père. Elle est souvent le fait des plébéiens les plus pauvres, incapables d'assumer une bouche supplémentaire à nourrir, et elle touche davantage les filles. Mais même si le poète grec Posidippe écrit : "Un fils on l'élève toujours, même si on est pauvre ; une fille, on l'expose même si on est riche.", il n'existe aucune preuve d'un écart significatif entre le nombre de filles et de garçons ainsi abandonnés.

Statuette d'une petite fille. (©Ann Raia via vroma.org .)


                                        Concernant cette pratique, l'opinion des auteurs évolue au fil des siècles. Plutarque considère par exemple que la pauvreté des parents constitue en quelque sorte une circonstance atténuante ("Œuvres Morales", II-21.), tandis qu'au IIème siècle, l'auteur chrétien Lactance tient un tout autre discours :


"Que personne ne se persuade qu'il soit permis d'écraser des enfants qui viennent de naître ; c'est une horrible impiété de leur ôter la vie que Dieu leur a donnée. (...) Que dirons-nous de ceux qui, par une fausse piété, exposent leurs enfants? Peuvent-ils passer pour innocents, quand ils abandonnent aux dents des chiens leurs propres entrailles? Et ne font-ils pas mourir ces enfants d'un plus cruel genre de mort que s'ils les avaient étranglés? Qui doute que ce ne soit une impiété de priver ces innocentes créatures de l'effet de la compassion des personnes charitables ? Quand ils auraient le bonheur de tomber entre les mains de quelqu'un qui prit le soin de les élever, celui qui les a exposés, les a mis en danger ou d'être réduits en servitude, ou d'être prostitués dans les lieux de débauche." (Lactance, "Institutions divines", VI-20.)
La simple existence de ce texte prouve toutefois que de nombreux enfants sont encore exposés.

                                        Sous la République et lors des premiers temps de l'Empire, on ne déclare pas la naissance d'un enfant. Auguste est le premier à instaurer un registre des naissances, mais il ne concerne que les enfants légitimes - Marc Aurèle généralisera l'enregistrement de tous les enfants. Un garçon n'est inscrit sur les listes des citoyens romains qu'après la prise de la toge prétexte (voir plus bas), mais son père doit désormais déclarer son nom et sa date de naissance dans les trente jours suivant l'accouchement. Malgré tout, le droit d'exposer un nouveau-né est resté en vigueur tout au long de l'Histoire romaine. Interdite par l’Église chrétienne à partir du Vème siècle, cette forme d'abandon mettra en pratique plusieurs siècles à disparaître.

Certificat de naissance sur tablette de cire. (Alexandrie, 128 avant J.C. - via University of Michigan.)


Rituels dans la petite enfance.


                                        Une fois reconnu par son père, le bébé n'est pas pour autant tiré d'affaire. La mortalité infantile étant élevée à Rome, les premiers jours de la vie d'un bébé sont incertains : de multiples dangers le menacent et il convient de les écarter par plusieurs rites et pratiques. Il est par exemple d'usage que trois hommes, respectivement munis d'un pilon, d'un balai et d'une hache, gardent la maison afin de protéger le nourrisson des forces maléfiques qui pourraient lui nuire. Pour la même raison, les premiers cadeaux que reçoit le nouveau-né sont des hochets ou des crécelles (crepundiae, tintinnabulae), jouets bruyants qui sont sensés effrayer les esprits.

Bulla. (Reconstitution - ©Barbara McManus.)

                                        Durant la première semaine, le bébé n'a pas de nom. D'abord par superstition, mais aussi et surtout parce qu'il ne fait pas encore tout à fait partie de la famille. Ce n'est que le huitième jour de son existence que le petit garçon (le septième si c'est une fille) reçoit officiellement un nom, lors du dies lutricus - littéralement le "jour de purification". La famille accomplit alors un sacrifice sur l'autel des Lares et on attache autour du cou du bébé une bulla, petit bijou en or qui le protégera du mauvais œil et qu'il conservera tout au long de son enfance.

                                        Au cours de cette période de sa vie, de multiples divinités veilleront sur le petit Romain. Elles participent à son développement dans tous les domaines, aussi bien physique qu'éducatif, et à chacune est assignée une tâche bien spécifique : Edusa lui apprend à manger, Potina à boire, Ossipago lui assure des os solides, Cuba facilite le passage du berceau au petit lit, Adeona lui apprend à marcher, Farinus à parler, Fabulinus lui enseigne ses premiers mots, etc.

Bébé emmailloté. (Ex-voto gallo-romain - ©Vassil via wikipedia.)

                                        Dès la naissance, le nourrisson est saucissonné dans un lange serré, seuls la tête et les pieds restant à l'air libre : cette compression vise à modeler les parties du corps que l'on souhaite affiner. On desserre progressivement les liens, libérant d'abord la main droite : en bloquant son bras gauche, on l'oblige à se servir de l'autre main car les gauchers sont mal considérés dans la Rome antique (ce qui fera l'objet d'un article.) Il subit également des bains d'eau froide accompagnés de massages vigoureux, toujours pour façonner et modeler son corps.


De l'enfance à l'âge adulte : prise de la toge virile.


                                        Lorsqu'il est capable de se mouvoir, on enfile à l'enfant une tunique courte, en laine blanche, brodée d'une bande pourpre. Cette toge, la toge prétexte, est revêtue par les enfants, mais aussi par les magistrats et les pontifes : elle est le symbole de l'inviolabilité attachée à leur personne. En l'identifiant en tant qu'enfant romain, ce vêtement lui assure une protection contre ceux qui voudraient attenter à sa vie ou à sa pudeur.

                                        Lorsqu'un garçon atteint sa majorité , il échange sa toge prétexte contre la toge blanche du citoyen romain adulte. Cette cérémonie n'intervient pas à un âge précis : la décision en revient au pater familias, qui se détermine en fonction du développement physique et intellectuel de l'enfant, ou de circonstances politiques. Caligula par exemple, dernier fils de Germanicus, ne prend la toge virile qu'à 21 ans - sans doute pour l'empêcher de briguer des charges publiques et l'éloigner du pouvoir. En général, la prise de la toge virile se fait entre 14 et 17 ans : elle survient plus tardivement aux premiers temps de l'Histoire de Rome, et habituellement vers 16 ans sous la République.

Statue de Néron, vêtu de la toge et portant la bulla. (©Barbara McManus.)

                                        Traditionnellement, la cérémonie se tient lors de l'anniversaire le plus proche de la fête des Liberalia, qui a lieu le 17 Mars en l'honneur du Dieu Liber. Le matin, un sacrifice est offert aux Lares de la maison et le garçon leur consacre sa bulla, ainsi qu'une boîte renfermant sa première barbe, symboliquement rasée pour la première fois lors de la "barbae depositio". Quittant la toge prétexte, il revêt ensuite une tunique blanche, ajustée par son père : s'il est le fils d'un sénateur , y figurent deux larges bandes pourpre; si son père est de rang équestre, les bandes sont plus étroites. Puis on le drape dans la toge virile, et la maisonnée s'ébranle et défile en procession jusqu'au forum : le père a rassemblé ses esclaves , ses affranchis , ses clients , ses parents et ses amis , réunissant le plus de monde possible afin de démontrer son influence et afficher une escorte nombreuse et imposante. Le nom du garçon est ensuite ajouté à la liste des citoyens , et il reçoit des  félicitations officielles. Puis la famille monte au temple de Liber sur la colline du Capitole, où une offrande est faite au Dieu . Enfin, tous retournent à la maison, où la journée se clôt par un dîner donné en l'honneur du jeune homme. Après cette cérémonie, le garçon devenu un homme est le plus souvent confié  à un personnage important dans l'armée ou la vie civile , qui va le former à ses futures obligations de citoyen romain.

                                        Aucune cérémonie ne marque en revanche le passage de la fillette à l'âge adulte : il faut dire que, selon la législation romaine, la femme est considérée comme une éternelle mineure, soumise à l'autorité de son père, puis de son mari. C'est d'ailleurs la veille de son mariage que la petite Romaine quitte symboliquement l'enfance, notamment en offrant ses poupées à la déesse Diane. (Voir ici).

                                        Mais il faut bien noter que, même majeur et revêtu de sa toge virile, un jeune homme reste toujours soumis à l'autorité paternelle : il n'est pas libre de mener sa vie comme il l'entend... 



Vision de l'enfance dans la Rome antique.


                                        Voilà pour les données factuelles. Reste une question en suspens, et non des moindres : les Romains aimaient-ils leurs enfants ? Interrogation difficile à résoudre, et ce pour plusieurs raisons. D'abord, il n'est jamais facile de se projeter dans la mentalité d'un peuple vieux de 2000 ans : la culture, les croyances, les mentalités ont évolué, et on porte forcément sur celles des Anciens un regard dénaturé par nos propres conceptions. De fait, je me suis penchée sur les ouvrages de plusieurs spécialistes, et j'ai rencontré deux opinions majoritaires, et complètement contradictoires ! Certains affirment que le petit garçon n'était vu que comme le continuateur d'une lignée, tandis que d'autres mettent en exergue les nombreux témoignages épigraphiques (et notamment les inscriptions et reliefs funéraires) et les représentations artistiques pour démontrer que les enfants étaient aimés et choyés.

Buste d'un enfant. (Via le blog A Daily Dose Of Rome.)


                                        On cite souvent l’exemple de Cicéron, profondément affecté par la disparition de sa fille Tullia, sans doute morte en couches en 46 avant J.C. Dévasté par le chagrin, le célèbre orateur se retire de la vie publique, délaisse toutes ses responsabilités politiques et sociales, se désintéresse de ses affaires et se réfugie dans sa villa, pleurant sa perte pendant près de 3 mois - une durée jugée bien trop longue par ses contemporains.
"Oui, je comprends qu'il serait honteux pour moi de supporter mon malheur autrement que ne l'entend votre haute raison; mais il y a des moments ou la douleur m'accable, ou la force m'abandonne ; c'est que je n'ai pas les ressources qui ne manquèrent point dans une semblable infortune aux pères dont je propose l'exemple. (...) Rien ne vient distraire ma pensée, ni les intérêts de mes amis à défendre, ni les affaires de la république a gérer. Je m'étais interdit le forum. Je ne pouvais plus regarder la curie. Je considérais comme entièrement perdus et le fruit de mes travaux et les avantages de ma fortune. Mais lorsque je réfléchissais sur ces malheurs, qui nous sont communs et que tant d'autres partagent; lorsque je sentais mon âme brisée, et que je me faisais violence pour me vaincre, je savais au moins ou trouver un refuge, ou reposer mon triste cœur, ou goûter dans des entretiens pleins de charme l'oubli de mes soucis et de mes maux. Le coup horrible qui me frappe aujourd'hui rouvre mes blessures qui commençaient a se fermer."  (Cicéron, "Ad familiares", IV-6.)
Mais là où nous jugeons la réaction de Cicéron totalement compréhensible, elle apparaît aux yeux des Romains comme indigne car excessive.

                                        Ces différences culturelles rendent le problème bien difficile à résoudre, d'autant que les textes sont quasiment inexistants sur le sujet, et en particulier sur la petite enfance. Encore traitent-ils généralement de l'éducation, et le ton est donc froid et détaché... Ce qui ne prouve rien : n'oublions pas que les valeurs de la société romaine tiennent davantage dans la gravitas et la dignitas que dans la sincérité ou l'émotivité, considérées comme des preuves de faiblesse.

Portrait de famille... (Sarcophage, ©Marie-Lan Nguyen via wikipedia.)

                                        A défaut de pouvoir percer le mystère de la relation parents-enfants dans l'Antiquité romaine, on peut formuler la question autrement : comment est perçu l'enfant par les Romains ? Là, c'est nettement plus facile : de toute évidence, la notion de développement de l'enfant ne voulait sans doute rien dire pour un Romain, et Françoise Dolto n'était pas son amie. Si l'on s'intéresse à la formation et  l'éducation du futur citoyen romain, on semble se ficher complètement de l'enfant en tant qu'individu. Il n'est pas un adulte miniature, mais un petit être faible et incomplet, qu'il faut façonner et modeler. Pendant longtemps, cette conception a prévalu et l'éducation donnée aux enfants était stricte et sévère : on privilégiait les punitions et les châtiments. Cependant, les mentalités évoluent peu à peu et Quintilien conseille d'accorder plus de place au jeu et à la récompense. Le but est cependant toujours le même : transformer un petit être incomplet et faible en un solide Romain, avec sévérité s'il le faut :
"Plût aux dieux que nous ne corrompions pas nous-mêmes les mœurs de nos enfants! A peine nés, nous les amollissons par toutes sortes de faiblesses. Cette éducation efféminée, que nous appelons indulgence, brise tous les ressorts de l'âme et du corps. Que ne désirera-t-on pas à l'âge mûr, quand c'est sur la pourpre que l'on se traîne?" (Quintilien, "De l'art oratoire", I-II - 6-7.)

Pline le Jeune est toutefois plus tolérant, et moins sévère envers les erreurs de jeunesse :
"Un père réprimandait durement son fils sous prétexte qu'il achetait avec un peu trop de prodigalité des chevaux et des chiens. Une fois le jeune homme parti, je lui dis: 'Eh bien, et vous, vous n'avez jamais rien fait qui méritât une semonce paternelle? Vous l'avez fait', dis-je. (...) Alerté par cet exemple de sévérité excessive, je te cite ces paroles au nom de notre mutuelle affection, pour que, toi aussi, tu ne traites pas ton fils avec trop de dureté et de rigueur. Songe que c'est un enfant et que tu en as été un, et n'utilise ton pouvoir paternel qu'en te souvenant que tu es un homme et le père d'un homme." (Pline Le Jeune, "Lettres", IX-12.)

"Une Famille Romaine" (Tableau de Sir Lawrence Alma-Tadema.)


                                        On voit bien que les idées théoriques que nous pouvons développer sur la place de l'enfant dans la société et la famille romaine ne correspondent pas forcément à la réalité. Car finalement, poser la question du lien parents-enfants dans la Rome antique revient à s'interroger sur l'amour parental : est-il universel, ou façonné par les mœurs et la culture ? Débat qui dépasse largement le cadre de ce blog...

dimanche 3 mai 2015

Tous les chemins mènent à Rome... en passant par Season One.

                                        Une fois n'est pas coutume : à l'occasion de la rediffusion sur OCS City de la série Rome produite par HBO, j'ai été sollicitée pour en faire la chronique sur l'excellent site Season1.fr, auquel je collabore régulièrement.