dimanche 14 septembre 2014

A suivre : "Péplum" sur M6.


                                        Je vous parlais il y a quelques temps de "Plebs" (voir ici), une comédie en 6 épisodes diffusée par la chaîne britannique ITV : avec un ton décalé et un humour basé sur l'anachronisme et l'absurde, elle présentait les mésaventures de trois losers dans la Rome antique. Alors que la saison 2 est attendue dans les prochains jours, voilà que M6 vient d'annoncer l'arrivée prochaine de sa propre série à l'antique : "Péplum".

                                        Au départ envisagée comme un programme court, elle sera finalement diffusée début 2015 sous le forme de 3 épisodes de 96 minutes, en prime time. On retrouve notamment au casting Jonathan Lambert dans le rôle de l'Empereur Maximus et Pascal Demolon (visage connu des fictions françaises) qui interprète Bravus. Voici le communiqué publié par M6 :
"Sur fond de déclin de l’Empire Romain, Peplum nous plonge dans le quotidien de Bravus, ancien esclave devenu conseiller du tyrannique empereur Maximus. Sous pression, coincé entre une vie professionnelle particulièrement stressante et une vie de famille chaotique, ses journées ne s’annoncent pas de tout repos. En effet, côté boulot, Bravus doit mouiller la toge pour ralentir un déclin qui a une fâcheuse tendance à s’accélérer sous l’impulsion désordonnée de l’incompétent, cruel, capricieux et narcissique Maximus. Côté perso, il doit affronter chaque soir son fils Caïus fraîchement converti au christianisme, son épouse Octavia, étrangère aux codes de la bonne société romaine et sa fille délurée Lydia qui les assimile trop bien. Peplum, ou comment éviter le burn out dans une société en déclin. Le parallèle avec aujourd’hui ne saurait être une coïncidence."

"Péplum", à venir sur M6. (Photo via season1.fr)


                                        En parlant de parallèle, on ne peut pas s'empêcher de songer à "Kaamelott", série-culte d'Alexandre Astier dans laquelle ont d'ailleurs joué les deux acteurs mentionnés ci-dessus. Tous les articles consacrés au nouveau projet de M6 y font référence - moi la première, bien que je n'aie vu que quelques images... La thématique, la période historique et le style humoristique rendent la comparaison inévitable : si "Péplum" s'inscrit dans cette ligne, il ne sera pas facile d'être à la hauteur du modèle. Dans le même temps, la longueur du format pourrait permettre à la série de se démarquer suffisamment pour proposer quelque chose de neuf, en insufflant un rythme différent...  A voir !

                                        L'ensemble me paraît en tous cas très alléchant : pas de doute, je serai devant ma télé lors de la diffusion ! Rendez-vous en 2015.




mercredi 10 septembre 2014

Entretien avec Pierre-Vincent Roux, auteur de "Constantin ou la Puissance de Dieu."



                                        Dimanche dernier, je vous a présenté "Constantin ou la Puissance de Dieu", pièce de théâtre écrite par Pierre-Vincent Roux. Contacté par l'intermédiaire de son éditeur, Nombre7 éditions, il a gentiment accepté de répondre à quelques questions, pour apporter un éclairage personnel sur son ouvrage.

Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ? Comment êtes-vous venu à l'écriture ?

Je suis né dans une famille de la classe moyenne, dernier de sept enfants. J'ai fait des études de philosophie et de droit voulant devenir ethnologue. Puis les nécessités de la vie ont fait que je suis entré à la Sécurité-sociale. Mon dernier poste était la direction de la caisse d'allocations familiales de Brest. J'écris depuis l'adolescence. J'ai publié à 19 ans mon premier recueil de poèmes , "Genèse".


Vous avez écrit des romans, des essais, des nouvelles... Pourquoi avoir choisi la forme théâtrale pour traiter des controverses théologiques du IVème siècle ? Etiez-vous intéressé par l'Empire romain, ou par le christianisme ?

J'ai écrit ma première pièce de théâtre (un couple de personnes âgées qui se déchirent) il y a 10 ans. Depuis j'en ai écrit une bonne quinzaine. La forme théâtrale me plaît beaucoup (je suis un grand amateur de théâtre) et me convient car l'expression parlée et l'échange qu'elle permet entre les personnages me semblent plus proches de la vie. C'est une sorte de matière brute (bien sûr très travaillée) sans le filtre du récit ni l'expression des opinions de l'auteur.

L'empire romain m'intéresse, je suis très admirateur de leurs constructions et de l'ordonnancement de leurs maisons et des villes dont la perfection n'a jamais été dépassée. La littérature romaine est intéressante comme la pensée pourtant souvent décriée en comparaison de la grecque. Le christianisme, dont j'ai abandonné la pratique à 20 ans, ne cesse de me fasciner. J'ai donné à plusieurs reprises une conférence sur ses origines. La question qui me hante est celle précisément des origines : formation des concepts et extension jusqu'à devenir la première religion du monde. N'oublions pas que le christianisme n'était sans doute, du temps du Christ, qu'une petite secte juive, représentant une énième interprétation du pharisaïsme.


Le baptême de Constantin. (Vitrail de l' Église Sainte-Madeleine de Troyes - © Inventaire général, ADAGP, 1985.)

Vous avez choisi d'écrire sur une période charnière de l'Histoire du christianisme, en l’occurrence le règne de Constantin qui le reconnaît officiellement. Mais pourquoi précisément avoir situé l'action au lendemain du concile de Tyr ?

Cette période post-conciliaire m'a semblé la plus intéressante parce qu'elle est très riche en enjeux de toutes sortes. D'abord, celui du canon puisque l'arianisme revient à la surface avec l'amendement de la formule nicéenne qui lui laisse un espace libre pour s'exprimer à nouveau. Ensuite, l'âge de Constantin qui pose les questions de son baptême (qui aurait eu lieu peu de temps avant sa mort) et de sa succession, et ce dans le contexte de la menace Perse. Tous ces éléments se renforcent pour créer un climat de trouble et d'insécurité dont les dignitaires de l’Église se servent pour asseoir définitivement son pouvoir dans et sur l'empire. Il est vraisemblable que l'idée d'une interdiction du culte païen fût déjà dans les têtes. C'est donc une période charnière pour le christianisme, pour l'empire et le monde.

Le débat reste ouvert quant à la date de la conversion de Constantin, ainsi que sur ses motivations. A vos yeux, quelle est la part de sincérité et la part de calcul chez ce personnage ?

Il est très difficile de se prononcer en l'absence d'éléments probants sur la sincérité ou non de Constantin. La prise de position a plus de chance de refléter la subjectivité de celui qui parle que la réalité. Ceci dit, je pencherais pour une posture opportuniste au départ puis pour une lente conversion, ou acculturation, tout au long de sa vie. N'oublions pas que le christianisme n'était encore pas très développé au début du IVème siècle et qu'il lui fallut donc un certain courage pour le faire admettre et s'en réclamer, même s'il continua à pratiquer le culte païen. Son milieu de vie est toutefois majoritairement chrétien. Par ailleurs, il trouvait dans cette doctrine de quoi renouveler et refonder la théorie du pouvoir de l'empereur, double sur terre du Dieu de l'univers.


Le Pape Sylvestre et Constantin. (Basilique des Quatre-Saints-Couronnés - via wikipedia.)


La reconnaissance du christianisme, religion monothéiste exclusive, pose en même temps la question de l'interdiction à moyen terme du paganisme, mais aussi celle de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Dans quelle mesure la politique de Constantin annonce-t-elle - ou pas - la future Papauté ?

Le paganisme sera interdit et combattu, avec beaucoup de violences parfois, quelques années plus tard, à la fin du siècle et au siècle suivant. C'est là une évolution inévitable, le christianisme, religion révélée, ne pouvant se satisfaire, dès qu'il en les moyens, d'une cohabitation avec les cultes païens. Notons que l'inverse n'est pas vrai puisque Julien n'interdira pas le christianisme et montrera même une certaine tolérance à l'égard de ses clercs.

Le christianisme justifie le pouvoir absolu du monarque sur les hommes en le soumettant à celui de Dieu qui s'étend à l'ensemble de la création. Il lui est donc soumis, comme le temporel l'est au spirituel, mais il n'en reste pas moins fondé par le dogme et la foi. Jusqu'au XVIème-XVIIème siècle cette question des rapports de l'un à l'autre ne cessera d'être débattue. La papauté cherchera, peut-être jusqu'à la fin du XIXème siècle, à conquérir d'abord puis maintenir et restaurer la primauté du spirituel, entendons celle de l’Église en tant qu'institution universelle.  Les rapports de Constantin avec les dignitaires d'orient (car la papauté semble n'avoir eu que peu d'influence sur ces grands débats) sont tout autres : le spirituel n'est pas encore établi comme puissance reconnue, l'empereur est le maître absolu, du christianisme comme il l'est aussi du culte impérial. Il impose Nicée et, semble-t-il, le canon qui y sera reconnu. C'est lui qui tranche même s'il est manifestement influencé, voire manipulé, par les clercs qui sont à sa cour. Le christianisme émerge comme religion d’État dans un contexte romain où le culte ancien est entièrement soumis au pouvoir impérial, il est en fait le culte de l'empereur. Les choses ne changeront que plus tard, au Vème et VIème siècles lorsque le christianisme régnera en maître (sur les grands et les milieux urbanisés car il faudra attendre plusieurs siècles encore pour que la christianisation des masses paysannes s'achève en Europe).


                                        Je me permettrai simplement de souligner à quel point ces réponses complètes, pertinentes et érudites, donnent un aperçu de l'ouvrage que j'ai eu le plaisir de chroniquer. On y retrouve la même finesse d'analyse, le même refus d'une opinion manichéenne, et les mêmes problématiques qui sous-tendent l'ensemble de la pièce. A la lumière de cet entretien virtuel, je  confirme tout l'intérêt de cet ouvrage, dont je rappelle les références.



"Constantin ou la puissance de Dieu" de Pierre-Vincent ROUX.

Éditions Nombre 7 - lien ici.
66 pages - 5€.


Un grand merci à Pierre-Vincent Roux pour le temps qu'il a bien voulu m'accorder, et à M. Christophe Lahondès qui nous a mis en contact.

dimanche 7 septembre 2014

Bonne lecture : "Constantin ou la puissance de Dieu."


                                        C'est un peu par hasard que j'ai découvert ce petit ouvrage, lors d'une foire aux livres en marge de laquelle avaient été réunis quelques auteurs. Les bras déjà chargés de bouquins, j'ai jeté un rapide coup d’œil vers la table derrière laquelle ils étaient installés et mon regard s'est arrêté net sur le nom de Constantin. Bien évidemment, le livre s'est immédiatement ajouté à la pile, pourtant déjà chancelante... Mais que voulez-vous : le nom d'un Empereur romain apparaît sur la couverture, et mon sang ne fait qu'un tour.

                                        Le livre en question s'intitule "Constantin ou la puissance de Dieu". Il s'agit d'une courte pièce de théâtre en deux actes, écrite par Pierre-Vincent Roux, auteur breton installé dans le Vaucluse. Il y traite des liens entre pouvoir et Christianisme, au moment où Constantin adopte la religion monothéiste et lui donne une existence officielle.






                                        Pour comprendre cette pièce, il est nécessaire de revenir brièvement sur la politique religieuse menée par Constantin. L'Empereur se serait converti au christianisme après la bataille du Pont Milvus (312) au cours de laquelle lui est apparu le signe de la croix (voir ici). Dès lors, il impose progressivement sa nouvelle religion, et promulgue notamment en 313 l'édit de Milan, qui reconnaît officiellement le christianisme et met fin aux persécutions. Désormais pratiquée librement, la religion chrétienne est cependant secouée par des querelles théologiques s'opposant sur l'interprétation et les doctrines, et auxquelles prend part Constantin. Controverse majeure, l'arianisme tire son nom d'un prêtre alexandrin, Arius, qui affirme la non-divinité du Christ, fils de Dieu créé par Lui. Arius est désavoué en 325 lors du concile de Nicée. Mais réhabilité trois ans plus tard grâce au soutien de Constance, fils de Constantin, il voit sa position renforcée en 335, lorsque le concile de Tyr condamne à l'exil son principal détracteur, l'évêque Athanase.      

                                        La pièce se déroule précisément au lendemain de ce concile, au cœur du palais impérial de Constantinople. Elle met en scène les principaux acteurs de la controverse : Constantin bien sûr, ses fils Constatin le Jeune et Constance, les évêques Eusèbe de Césarée et Eusèbe de Nicomédie, Athanase. La décision d'exiler Athanase ayant été prise, celui-ci sollicite la grâce de l'Empereur, qui interroge ses conseillers sur la conduite à tenir : comment mettre un terme à cette crise, qui divise l'Empire et le fragilise ? Car le problème, en apparence centré sur de complexes questions théologiques, est aussi et surtout politique : les considérations religieuses et les doctes discours dissimulent des intrigues et des complots, chacun tentant d'asseoir sa position - à l'image de Constance qui, s'appuyant sur Eusèbe de Nicomédie, entend bien prendre l'ascendant sur ses frères.

                                        Si le texte fait la part belle aux argumentations théologiques, on comprend vite qu'elles ne sont qu'un prétexte. Du reste, le débat concerne moins la véritable nature du Christ - pourtant au cœur de la polémique - que le rôle de l'Empereur face à la dichotomie du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Le propos est tout de même érudit et il est parfois difficile d'en dégager toutes les subtilités - opinion que semble partager le personnage de Constantin, qui avoue au détour d'une scène : "Je ne comprends pas toujours pourquoi on dispute encore sur ces vétilles dont on ne trouve même pas trace dans vos Écritures." Ainsi se dessine en filigrane une lutte pour le pouvoir, aux enjeux politiques autant que religieux.


Icône représentant le concile de Nicée, avec Constantin au centre. (©Dante Alighieri via wikipedia.)



                                        La pièce est intéressante dans la manière dont elle illustre ces luttes d'influence et la façon dont les protagonistes s'appuient sur la religion pour s'imposer aux côtés de l'Empereur. En dépit des digressions théologiques, le style reste accessible et l'écriture est fluide. Néanmoins, et même s'il est difficile de juger d'une pièce de théâtre sans la voir jouée, certains aspects me laissent plus dubitative. Par exemple, l'usage de certaines expressions modernes ("Laisse-le mijoter", lance Constantin en parlant d'Athanase...) qui contrastent avec la langue soutenue du reste du texte, ou les similarités de ton et de langage entre les différents personnages. D'autant que, en dehors même du texte littéraire, on se mélange déjà facilement les cothurnes entre les Contantin (le Grand et le Jeune) et les Eusèbe (de Césarée et de Nicomédie)...

                                        Cependant, l'auteur a le mérite de rendre accessible un sujet complexe, et il soulève en outre une autre question passionnante : quelle est la part de sincérité et la part de calcul chez les protagonistes ? Avec finesse, la pièce se garde bien de tout portrait manichéen : à chacun des personnages sa part de piété et sa part de cynisme, et tous tentent de concilier leur foi avec leurs ambitions. A ce titre, Pierre-Vincent Roux trace un portrait possible et convaincant de Constantin, ce qui n'a rien d'évident tant ses motivations font encore débat aujourd'hui. On ignore la date exacte de sa conversion, il ne fut baptisé que sur son lit de mort, et il adopta probablement le christianisme au moins autant pour des motifs religieux que par stratégie politique.

                                        Malgré quelques réserves, je vous ai donc déniché une pièce courte et percutante, qui propose un regard pertinent sur le tournant pris par le Christianisme au IVème siècle. Et a priori, ça ne court pas les bibliothèques...



"Constantin ou la puissance de Dieu" de Pierre-Vincent ROUX.

Éditions Nombre 7 - lien ici.
66 pages - 5€.


dimanche 31 août 2014

Curiosité : Marcus Sergius, Main De Fer Dans Un Gant De Fer.


                                      L'information va peut-être vous surprendre, mais figurez-vous que le glaive est un objet dangereux, et que la carrière de légionnaire romain nuit parfois gravement à la santé. Le général Marcus Sergius, héros de la deuxième guerre punique (218 - 201 avant J.C.) en sait quelque chose...

                                      Il faut dire qu'en seulement deux campagnes, le malheureux a sacrément morflé : blessé 23 fois, Pline l'Ancien nous rapporte qu'à cause des coups reçus, "il ne se servait bien ni de ses pieds ni de son autre main."

                                      Pourquoi "son autre main" ? Et bien parce que sa main droite a purement et simplement été coupée net, probablement entre le poignet et le coude lors de la seconde campagne de notre héros ! A votre avis, comment réagit Sergius ?! Loin de pleurnicher sur son moignon, il retourne rapidement se jeter dans la mêlée, et son infirmité ne l'empêche pas, au cours des semaines qui suivent, de s'illustrer au combat.  Mais deux bras valant mieux qu'un, l'estropié a finalement l'idée de se la jouer Terminator :  il se fabrique une prothèse métallique, afin de remplacer son bras. L'objet est suffisamment élaboré pour lui permettre d'y fixer un bouclier - et sans doute accessoirement de fendre avec entrain le crâne des Carthaginois... Il ne peut toutefois pas tenir d'épée ou de glaive - ce qui aurait nécessité un système plus compliqué.
"Il combattit quatre fois avec la seule main gauche, et eut deux chevaux tués sous lui. Il se fit une main droite en fer, et, étant entré en campagne avec cette main attachée au bras, il fit lever le siège de Crémone, protégea Plaisance, et força douze camps dans la Gaule." (Pline l'Ancien, "Histoire Naturelle", VII - 29.)

Prothèse du chevalier Götz von Berlich (XVIème s.) : sûrement plus sophistiquée que celle de Sergius...


                                      Ainsi paré, Sergius multiplie donc les faits d'armes - probablement aidé par la stupeur et la terreur des ennemis, face à ce survivant affublé d'une main de fer ! Et ce n'est pas tout : capturé à deux reprises par le général carthaginois Hannibal (qui n'est pas la moitié d'un dur à cuire), Sergius parvient à s'échapper à chaque fois, après 20 mois passés enchaîné et les pieds entravés. Surhomme, on vous dit...



Jambe artificielle retrouvée à Capoue. (300 avant J.C.)


                                      Certes, le bras métallique de Marcus Sergius n'est pas la première prothèse de l'Histoire. L'invention remonterait à l’Égypte antique, des doigts de pied artificiels ayant par exemple été découverts sur une momie. Mais les lignes que Pline consacre à Sergius constituent la première référence documentée. A Rome, toutefois, la plupart des prothèses étaient fabriquées en bois.

                                      Arrière-grand-père du tristement célèbre Catilina, Marcus Sergius devient prêteur en 197 avant J.C., mais il est écarté des fonctions sacerdotales précisément à cause de son infirmité - l'intégrité physique étant indispensable. Toutefois, Pline conclut en rendant hommage au courage et à la force de caractère exceptionnelle du valeureux héros : 
"Que de couronnes n'eût-il pas amassées s'il avait eu affaire à un autre ennemi ? Car, pour juger le courage d'un homme, il importe beaucoup de prendre en considération les circonstances. Quelles couronnes civiques ont été gagnées dans les batailles de la Trébie, du Tésin ou du Trasimène ? Quelle couronne fut méritée à la bataille de Cannes, où le suprême effort du courage fut d'avoir échappé à ce désastre ? Certes, les autres ont été vainqueurs des hommes ; Sergius l'a été de la fortune même." (Pline l'Ancien, Ibid.)
                                      Malheureusement, on ne se souvient de Marcus Sergius que grâce à ce fameux "bras de fer", et l'innovation médicale qu'elle représente à nos yeux éclipse la gloire de ce combattant intrépide et son incroyable destinée, dont ne subsiste d'ailleurs que deux petits paragraphes dans l’œuvre de Pline. Qu'un tel personnage ne soit pas davantage passé à la postérité ne cesse de m'étonner : si j'osais, je dirais que les bras m'en tombent...


mercredi 20 août 2014

Jouons avec les expressions latines : la solution.


                                        Comme promis, voici les réponses au petit jeu que je vous ai proposé la dernière fois : le même tableau, avec cette fois-ci les expressions latines suivies de leur traduction et de leur équivalent en Français.

                                        J'espère que vous vous êtes autant amusé que moi lorsque j'ai préparé cette petite distraction estivale - en attendant la rentrée...

                                        Bonne fin de vacances à tous !


Si vous avez eu des difficultés, rassurez-vous... ("Astérix et les Goths".)





EXPRESSIONS LATINES
TRADUCTIONS
EXPRESSIONS FRANÇAISES.



       A)     Barba non facit philosophum.
        7)      La barbe ne fait pas le philosophe.
c) L’habit ne fait pas le moine.
       B)      Lacunar spectare.        
        10)   Regarder le plafond.
       g) Être dans la lune.
       C)      Nec caput nec pedis habere.
1) N’avoir ni tête ni pied.
f) N’avoir ni queue ni tête.
        D)     Hosti portas aperire.
15) Ouvrir les portes à l’ennemi.
j) Faire entrer le loup dans la bergerie.
         E)      Cucurbitae caput habere.
2) Avoir une tête de courge.
e) Avoir une tête de linotte.
         F)      In scirpo nodum quaerere.
12) Chercher le nœud dans un jonc.
o) Chercher midi à 14 heures.
G) De asini umbra disceptare.
4) Discuter de l’ombre d’un âne.
i) couper les cheveux en quatre.
H) Per pari rispondere.
13) Répondre du pareil au même.
d) Répondre du tac au tac.
I) Antes pedes non videre.
3) Ne pas voir devant ses pieds.
a) Être tête en l’air.
J) Remis velisque fugere.
6) Fuir à rames et à voile.
b) Prendre ses jambes à son cou.
K) Sine cortice nare.
14) Nager sans bouchon.
h) Voler de ses propres ailes.

L) Cena comesa venire.
5) Venir quand le dîner est mangé.
m) Arriver après la bataille.
M) Stare inter sacrum saxumque.
8) Être entre la victime et la pierre tranchante.
k) Être entre le marteau et l’enclume.
N) Surdo asello fabulam narrare.
11) Raconter une histoire à un âne sourd.
l) Parler dans le vide.
O) Sub Jove cubare.
9) Dormir sous Jupiter.
n) Dormir à la belle étoile.



 

dimanche 17 août 2014

Jouons avec les expressions latines !


                                        En ce qui concerne ce blog, j'attache une certaine importance à faire les choses sérieusement : le moindre article fait l'objet de recherches, je feuillette fébrilement mes livres pour retrouver les sources et dénicher les citations pertinentes, je contrôle et relis tout plusieurs fois (ce qui n'empêche pas les erreurs), je frôle la conjonctivite à force de scruter les illustrations susceptibles d'agrémenter une page. Pour autant, je ne me prends pas au sérieux : je répète à l'envi que je ne suis pas historienne, mais ce qui pourrait être un handicap me permet aussi d'aborder différentes thématiques sous un angle moins académique, d'écrire sur ce que je veux, d'insuffler une petite dose d'humour (ou du moins, d'essayer...) et de me lâcher de temps en temps. J'aimerais que, en vous arrêtant sur une page, vous preniez du plaisir à me lire et, éventuellement, que vous reteniez quelques informations utiles entre deux sourires. Et ce n'est pas toujours évident : à ma connaissance, personne n'est encore mort de rire à force d'étudier la législation romaine. 

                                        Heureusement, certains sujets sont plus légers que d'autres - comme les expressions issues de l'antiquité romaine, que je vous présente régulièrement. Prononcées par de grands personnages ou employées par l'homme de la rue, elles ont souvent en commun d'être passées, en Français, dans le langage courant. Mais si certaines ont été conservées à l'identique (comme hamum vorare - mordre à l'hameçon), d'autres en revanche ont disparu, et s'y sont substituées d'autres phrases recouvrant la même idée. Je vous propose donc un petit jeu...

                                        Ci-dessous, 15 expressions couramment utilisées par les Romains. A vous de relier chacune d'entre elles à la bonne traduction, proposée dans la deuxième colonne, et à son équivalent en Français qui se trouve dans la troisième. Par exemple : A-7-c. Comme j'ai pensé aux non-latinistes, ce n'est pas très difficile, mais vous verrez que les correspondances sont parfois amusantes. La solution sera publiée Mercredi prochain...






 EXPRESSIONS LATINES
TRADUCTIONS
EXPRESSIONS FRANÇAISES.



      A)  Barba non facit philosophum.
      1)      N’avoir ni tête ni pieds.
      a)      Être tête en l’air.
      B)      Lacunar spectare.                     
      2) Avoir une tête de courge.
      b)      Prendre ses jambes à son cou.
      C)      Nec caput nec pedis habere.
3) Ne pas voir devant ses pieds.
c) L’habit ne fait pas le moine.
      D)     Hosti portas aperire.
4) Discuter de l’ombre d’un âne.
d) Répondre du tac au tac.
      E)      Cucurbitae caput habere.
5) Venir quand le dîner est mangé.
e) Avoir une tête de linotte.
      F)      In scirpo nodum quaerere.
6) Fuir à rames et à voile.
f) N’avoir ni queue ni tête.
G) De asini umbra disceptare.
7) La barbe ne fait pas le philosophe.
g) Être dans la lune.
H) Per pari rispondere.
8) Être entre la victime et la pierre tranchante.
h) Voler de ses propres ailes.
I) Antes pedes non videre.
9) Dormir sous Jupiter.
i) Couper les cheveux en quatre.
J) Remis velisque fugere.
10) Regarder le plafond.
j) Faire entrer le loup dans la bergerie.
K) Sine cortice nare.
11) Raconter une histoire à un âne sourd.
k) Être entre le marteau et l'enclume.

L) Cena comesa venire.
12) Chercher le nœud dans un jonc.
l) Parler dans le vide.
M) Stare inter sacrum saxumque.
13) Répondre du pareil au même.
m) Arriver après la bataille.
N) Surdo asello fabulam narrare.
14) Nager sans bouchon.
n) Dormir à la belle étoile.
O) Sub Jove cubare.
15) Ouvrir les portes à l’ennemi.
o) Chercher midi à 14 heures.