mercredi 16 avril 2014

IVème Forum Du Livre Péplum.


                                        Samedi dernier se tenait à Nîmes la quatrième édition du forum du livre péplum, organisé par l'association Carpefeuch. Je vous en avais parlé ici, en vous présentant les conférences, films et activités proposés dans le cadre de la manifestation. Je vous en livre aujourd'hui un petit aperçu en images - à défaut d'un compte-rendu détaillé.




Une première visiteuse matinale...


Quand Eric Teyssier rencontre Auguste...


                                        Cette année encore, le forum a rencontré un joli succès, et nous avons eu des retours très positifs, autant des visiteurs que des participants. Les conférences ont été très appréciée et Jean d'Aillon, Claude Aziza, Eric Teyssier, Luc Mary et Valérie Mangin ont su passionner leur auditoire. Surtout,  nos auteurs et intervenants se sont montrés très disponibles et accessibles - en un mot, adorables ! En marge du salon proprement dit, trois films étaient projetés au cinéma Kinépolis du centre ville : "La Légende d'Hercule", "300 : Naissance d'Un Empire" et "Noé". Là encore, les spectateurs étaient ravis - en particulier de la présentation des films par Claude Aziza.  


Claude Aziza...

écouté avec attention.



                                        Dédié cette année à l'Empereur Auguste, le forum du livre péplum avait en outre l'insigne honneur de l'accueillir à la fois en tant qu'Octave et en tant qu'Auguste (la version impériale étant incarnée par notre Guillaume, de toute évidence fait pour le rôle) ! Deux personnages pour le prix d'un, qui se sont prêtés au jeu des photos avec beaucoup de gentillesse.


Notre Auguste... frère d'Alix ?!!



Les allées du forum s'animent.


                                        Responsable de la tombola, je ne peux pas me faire l'écho des interventions de nos illustres invités, auxquelles je n'ai pas assisté. Mais, quitte à faire de mon billet un discours de gagnant des Oscars, j'en profite pour remercier à nouveau tous ceux qui ont eu l'immense gentillesse de nous apporter leur concours en nous fournissant les lots. Parce qu'une tombola sans cadeau, c'est comme un repas romain sans garum, un péplum sans toge, Carpefeuch sans Martine Quinot et Cécile Esparcel : ça n'a pas de sens ! Je remercie donc à nouveau McDonald's, Ferrero France, Metropolitan Film Exports, les éditions Faton, Le Petit Atelier, les librairies Teissier, le Bédéphile et Silöe, et tous les membres qui ont donné des lots. Last but not least, les Tibères du Gard étaient à l'honneur pour la deuxième année consécutive, l'entreprise ayant offert à nos visiteurs la possibilité de remporter des boîtes de bonbons et des affiches à l'effigie du successeur d'Auguste. (Je vous renvoie à mon article sur ces petits délices, ici.) Et bien sûr, un grand merci à tous ceux qui ont acheté des tickets !


Deux de nos "sponsors" à l'affiche !


                                        Je conclus en vous renvoyant sur le site de Carpefeuch pour y trouver prochainement d'autres photos et un panorama plus complet de l'évènement :  http://association.carpefeuch.over-blog.com/ Et j'espère que chacun, visiteur ou organisateur, aura pris autant de plaisir que moi. En attendant déjà avec impatience la Vème édition...


Avec l'Empereur Auguste...


et avec son successeur Tibère !






mercredi 9 avril 2014

"A Rome, Fais Comme Les Romains."


                                        "A Rome, fais comme les Romains" : s'il y a bien un proverbe qui m'enchante, c'est celui-là ! Même si je ne suis pas à Rome, je suis d'ailleurs prête à faire comme les Romains, à quelques détails près... Et si les arènes de Nîmes ne sont pas le Colisée, on peut s'y croire avec un peu (ou beaucoup) d'imagination !

                                        Dans le langage courant, on emploie l'expression pour signifier qu'il faut se conformer aux pratiques en vigueur dans l'endroit où l'on est, s'adapter aux coutumes locales et ne pas imposer les siennes. Que l'on adhère ou pas à l'idée générale, il reste tout de même une question : qu'est-ce que Rome vient faire là ? Pourquoi implique-t-on les Romains dans cette histoire, au lieu de dire par exemple : "A Toulouse, fais comme les Toulousains" ?! Et bien, c'est à cause de Saint Augustin. Ou plus exactement de Saint Ambroise, évêque de la ville de Milan, et de ses bons conseils.


Saint Augustin et Sainte Monique. (Vitrail de l’église du Sacré-cœur de Douarnenez.)


                                         Lorsque Saint Augustin (qui n'est pas encore Saint) arrive à Milan en 384 afin d'y assumer la charge de professeur de rhétorique à la cour impériale, il constate que les pratiques religieuses ne sont pas les mêmes qu'à Rome : en effet, les Chrétiens de Rome respectent le repos hebdomadaire et jeûnent le Samedi, tandis qu' à Milan, on jeûne le Dimanche. Pas de quoi troubler Augustin - mais il est accompagné de sa mère, Sainte Monique, que ce décalage de 24 heures plonge dans le désarroi le plus total. Le fils aimant se tourne alors vers Ambroise, évêque de Milan, et lui demande son avis :
"Ma mère m'ayant suivi à Milan, y trouva que l’Église n'y jeûnait pas le samedi; elle se troublait et ne savait pas ce qu'elle devait faire; je me souciais alors fort peu de ces choses; mais, à cause de ma mère, je consultai là-dessus Ambroise, cet homme de très heureuse mémoire; il me répondit qu'il ne pouvait rien conseiller de meilleur que ce qu'il pratiquait lui-même, et que s'il savait quelque chose de mieux, il l'observerait. Je croyais que, sans nous donner aucune raison, il nous avertissait seulement, de sa seule autorité, de ne pas jeûner le samedi, mais, reprenant la parole, il me dit: «Quand je suis à Rome, je jeûne le samedi; quand je suis ici, je ne jeûne pas ce jour-là. Faites de même; suivez l'usage de l’Église ou vous vous trouvez, si vous ne voulez pas scandaliser ni être scandalisé.» Lorsque j'eus rapporté à ma mère cette réponse, elle s'y rendit sans difficulté." (Saint Augustin, "Epistula", LIV.)

Augustin lui-même n'est pas mécontent de la sentence, et il ajoute : "Depuis ce temps, j'ai souvent repassé cette règle de conduite, et je m'y suis toujours attaché comme si je l'avais reçue d'un oracle du ciel."

                                        Cela dit, la question ne semble pas avoir tellement tourmenté le saint homme et, pour résumer, si une pratique n'est pas spécifiquement prescrite par les Saintes Écritures ou par l'autorité ecclésiastique, Saint Augustin juge finalement la question insignifiante :
"Il y a des choses qui changent selon les lieux et les contrées; c'est ainsi que les uns jeûnent le samedi, les autres non, les uns communient chaque jour au corps et au sang du Seigneur, les autres à certains jours seulement; ici nul jour ne se passe sans qu'on offre le saint sacrifice; là c'est le samedi et le dimanche; ailleurs c'est le dimanche seulement; les observances de ce genre vous laissent pleine liberté; et, pour un chrétien grave et prudent, il n'y a rien de mieux à faire, en pareil cas, que de se conformer à la pratique de l’Église où il se trouve. Ce qui n'est contraire ni à la foi ni aux bonnes mœurs, doit être tenu pour indifférent et observé par égard pour ceux au milieu desquels on vit." (Saint Augustin, "Epistula", LIV.)

    Saint Ambroise. (Mosaïque, Basilique de Milan.)

                                        Cette judicieuse suggestion épiscopale, Saint Augustin la reprend également dans une autre lettre, adressée au prêtre Casulanus (Epistula XXXVI). Il y relate à nouveau les circonstances dans lesquelles Saint Ambroise a prononcé ces paroles et conclut de la même manière : les textes évangéliques n'apportant aucune directive précise quant à l'observance du repos hebdomadaire et du jeûne, la sagesse veut que l'on suive les coutumes prescrites par l'évêque local.

                                        On remarquera au passage que la tolérance et la faculté d'adaptation dont témoignent ici les deux Saints contrastent singulièrement avec l'image que l'on a généralement de l’Église chrétienne de l'époque, où la moindre divergence liturgique provoquait disputes et controverses...

                                        Au fil des siècles, la citation de Saint Ambroise rapportée par Saint Augustin s'est modifiée, et c'est sans doute au Moyen-Âge qu'elle s'est fixée sous la forme simplifiée que nous utilisons encore aujourd'hui : à Rome, fais comme les Romains. Et que l'on peut aussi appliquer aux Toulousains, soit dit en passant !


dimanche 6 avril 2014

Revue De Presse : Le Figaro - Auguste.

                                        Il y a quelques semaines, je vous ai présenté ici un numéro de la revue L'Histoire,  largement consacrée à l'Empereur Auguste, à l'occasion de la commémoration de sa mort. Une autre publication sur le même thème a retenu mon attention : le hors-série du Figaro, sorti ce mois-ci. Bon, j'entends déjà les objections : quel intérêt de se précipiter sur ce deuxième magazine, puisqu'il aborde exactement le même sujet ? A priori, le regard porté sur le règne d'Auguste n'a pas radicalement changé en quelques semaines... Certes, mais les deux revues proposent finalement des numéros complémentaires, et celui publié par le Figaro est une alternative intéressante, plus accessible et généraliste mais tout aussi sérieuse.

                                        Sorti à l'occasion de l'ouverture de l'exposition "Moi Auguste, Empereur" au Grand Palais, sur laquelle il s'appuie largement pour ses remarquables illustrations, ce hors-série offre un panorama assez complet de la vie et du règne du premier Empereur. Ce n'est pas une biographie exhaustive, mais à travers plusieurs grandes thématiques, la revue embrasse les grandes lignes du parcours personnel et politique d'Auguste. Comme souvent, les auteurs ont choisi en introduction plusieurs journées précises qui, à leurs yeux, marquent des tournants dans son destin: sa naissance le 23 septembre 63 avant J.C., l'assassinat de Jules César, la bataille d'Actium, l'adoption de son beau-fils Tibère en vue de faire de lui son successeur, etc. Les dates retenues sont pertinentes et dessinent en pointillés la trajectoire de celui qui, né Octave, devient Auguste peu après son accession au pouvoir. On pourra toutefois regretter une écriture un peu trop romancée, l'écrivain prenant parfois le pas sur le journaliste : au-delà des faits, il me semble hasardeux d'interpréter l'état d'esprit d'un homme et de tenter de décrypter ses sentiments...

                                        Dans un second temps, le magazine se penche plus en profondeur sur certains aspects du règne d'Auguste, en commençant par son ascension fulgurante. Jeune blanc-bec de 18 ans sans appui politique ni expérience militaire, rien ne prédestinait celui qui se nommait encore Octave à prendre le pouvoir après la mort de Jules César, son grand-oncle. Son adoption par le dictateur assassiné change la donne en lui donnant une légitimité, lui permettant de se positionner comme son héritier politique. On suit ainsi l'évolution du jeune homme, du jeu de dupes qui l'oppose à Cicéron à la manière dont il écrase successivement les césaricides puis son ancien allié Marc Antoine, jusqu'à l'instauration d'une monarchie qui ne dit pas son nom et préserve l'illusion de la République. L'article dessine le portrait d'un homme intelligent, ambitieux, opportuniste et habilement manipulateur, qui parvient en quelques années à s'imposer comme le maître de Rome.

                                        Pierre Cosme, grand spécialiste s'il en est, étudie ensuite la politique extérieure. Sont surtout abordées les manœuvres politiques ou militaires menées en Orient ou en Germanie - dont le fameux désastre de Teutobourg. S'il ne brilla jamais sur le champ de bataille, Auguste sut s'entourer des meilleurs - dont Agrippa et Tibère. Autre proche de l'Empereur, Mécène exerça quant à lui une influence considérable sur la littérature, dont la floraison est une des grandes caractéristiques de la période augustéenne. De façon assez intéressante, la revue propose une autre vision du "Siècle d'Auguste", en contrepoint de l'analyse livrée par L'Histoire puisqu'elle met en doute la pertinence du terme de propagande qui y est souvent associé. Le magazine défend au contraire l'idée d'une idéologie commune, soulignant que  les valeurs défendues par les grands auteurs de l'époque correspondaient souvent à celles prônées par le nouveau régime. Mais un Horace, un Tibulle ou un Ovide ont aussi développé leurs propres thématiques, comme l'exaltation du passé rural ou plus encore la mise en exergue de l'otium ou des amours, sujets peu conformes à la politique impériale.






                                        Autre thème ingénieusement abordé, la manière dont Auguste a marqué de son empreinte le paysage urbain romain traduit une fois encore une visée politique. La restauration ou l'édification des temples souligne par exemple l'ambition affichée de l'Empereur, qui se voulait le restaurateur d'une religion romaine garante de la pax deorum. Nouveau forum, ara pacis, bibliothèques, etc. : le nouveau plan d'urbanisme, en apparence incohérent, dessine en réalité une nouvelle Rome, exaltant la puissance d'un Empire naissant, dirigé par un Auguste qui se présente comme un "nouveau Romulus". L'architecture proprement dite surprend car, en amalgamant diverses influences principalement issues de l'architecture grecque sans distinction d'époque, le style augustéen, riche et complexe, met en exergue la notion d'emulatio, selon laquelle l'artiste imitant une œuvre originale doit y apporter son savoir-faire en vue de l'améliorer, portant son art à un niveau supérieur. Pour conclure ce chapitre, un article présente les dernières découvertes archéologiques qui mettent à mal l'idée, pourtant régulièrement reprise, d'un Auguste occupant une modeste demeure sur le Palatin. Elles révèlent en effet un splendide et immense palais, plusieurs fois remodelé, abritant entre autres un sanctuaire dédié à Apollon, sous la protection duquel se plaçait le Prince.   

                                        Se pose aussi la question de la succession, problème auquel Auguste se heurta tout au long de sa vie. La mort successive des hommes de sa famille qu'il choisit pour régner à sa suite le contraint finalement à adopter Tibère, son beau-fils. Car, régime crypto-monarchique, le principat ne saurait être ouvertement héréditaire : l'Empereur, toujours aussi subtil, se prête au jeu en pressentant et adoptant son futur successeur, entre les mains duquel il concentre peu à peu les pouvoirs civils et militaires que prorogeront les Sénateurs après sa mort, ratification fictive d'un choix déjà acté. Un bref portrait de l'épouse d'Auguste, Livie, clôt le chapitre.

                                        En guise de conclusion, une interview des commissaires de l'exposition du Grand Palais développe les grands axes de la manifestation en évoquant certaines œuvres ou certains objets qui y sont montrés. L'entretien esquisse notamment une réflexion passionnante sur l'évolution des portraits sculptés d'Auguste, la physionomie idéalisée répondant aux impératifs politiques et idéologiques de chaque période. A noter, enfin, une bibliographie sélective à destination de ceux qui souhaiteraient aller plus loin.

                                        Il n'est pas facile de départager L'Histoire et le Figaro. Le premier, plus "pointu", reste centré sur quelques grandes axes et approfondit ses sujets, présentant souvent plusieurs points de vue et alimentant la réflexion du lecteur. Le second, en revanche, est plus éclectique - au point de partir un peu dans tous les sens ! - mais il remet l'exposition du Grand Palais dans son contexte, en abordant l'essentiel du règne d'Auguste dans un style simple et accessible. L'iconographie est plus factuelle et informative chez L'Histoire, tandis que le Figaro fait étalage des plus belles pièces du Grand Palais. C'est la raison pour laquelle je parlais en introduction de la complémentarité des deux revues : le Figaro constitue une excellente introduction à la visite de "Moi Auguste, Empereur", en particulier pour ceux qui ne sont pas très familiers du sujet ; la revue L'Histoire permet ensuite d'aller plus loin, en soulevant des questions plus précises et en invitant à poursuivre la réflexion.

                                        Bon, à choisir, je recommanderais plutôt le numéro spécial du Figaro. Si vous avez la chance de vous rendre au Grand Palais, il me semble être le guide idéal pour préparer votre visite (et vous pourrez le garder en souvenir après !); dans le cas contraire, il en donne une jolie vision d'ensemble et vous en montre quelques merveilles. En attendant, si tout va bien, le compte-rendu de "La Toge Et Le Glaive"...



AUGUSTE, LES PROMESSES DE L'AGE D'OR.


LE FIGARO HORS-SÉRIE.
Mars 2014 - 8.90€.

Lien ici.
 

mercredi 2 avril 2014

50 Signes Qui Montrent Que Vous Etes Accro A La Rome Antique.

                                        Au lendemain du 1er Avril, il n'est plus temps de faire des plaisanteries. Tant pis ! Au lieu d'une farce idiote et retardataire, je vous propose un petit article qui, je l'espère, vous fera sourire. Voilà un moment que j'avais envie de dresser une liste assez particulière : vous allez comprendre. Je me définis souvent comme une passionnée d'Antiquité romaine, mais certains de mes proches ont récemment sous-entendu que le terme d' ''obsédée" conviendrait mieux. J'aurais bien voulu considérer la remarque avec dédain mais l'honnêteté intellectuelle m'obligeant à examiner la question, il s'avère qu'ils n'ont peut-être pas tout à fait tort... Je me rassure en me disant que je ne suis certainement pas la seule dans ce cas et, pour y voir plus clair, voici une liste - non exhaustive - de 50 signes qui peuvent laisser penser que vous êtes, vous aussi, dangereusement obsédé (donc) par la Rome Antique.

1) Vous avez un nom romain, et certaines personnes ne vous connaissent que sous cette identité. Et vous vous habillez régulièrement en toge ou stola (que ce soit pour des reconstitutions ou une fête costumée), en vous préparant avec plus de soin que pour un premier rencard.

2) Vous sursautez dès que le mot "César" est prononcé. Même dans une conversation sur le cinéma ou sur la nourriture pour chiens.

3) Vous n'aimez pas Astérix - ce petit gaulois teigneux mal embouché qui ridiculise les Romains. En fait, vous espérez secrètement qu'un jour, il va se pendre une tannée.

4) Vous émaillez souvent vos propos de citations latines (En V.O., évidemment.). On ne parle pas des classiques "Carpe diem" ou "O tempora, o mores", mais de trucs du genre : "Amicus certus in re incerta cernitur."

5) Regarder un péplum avec vous est un cauchemar : exaspéré et levant les yeux au ciel, vous relevez tous les anachronismes et toutes les erreurs historiques - jusqu'à ce que vos proches vous supplient de la fermer. 

6) Vous envisagez de prénommer votre fils (ou votre chien...) Tibère, Titus, Néron, Théodose, Constantin... N'importe quel nom d'Empereur romain - hormis Vespasien, faut quand même pas déconner.

7) Vous parlez couramment Latin. Ou vous avez (re)commencé à l'apprendre.

"Je commence vraiment à m'impliquer dans ce cours d'histoire romaine..." (via Fotosearch)


8) Votre appartement ou votre chambre est digne d'un petit musée archéologique : statues, tessons antiques, pièces de monnaie, reproductions... Vous devriez peut-être faire payer l'entrée.

9) Vous possédez une lampe à huile. Que vous allumez régulièrement : c'est quand même plus sympa qu'une simple bougie, non ?

10) Il y a plus d'images de statues romaines sur votre ordinateur que de photos de votre propre famille.

11) Vous rêvez régulièrement de personnages de la Rome antique. Et comme vous parlez en dormant, votre moitié vous a déjà demandé qui était cet Hadrien / cette Claudia.

12) Personne n'ose plus vous interroger sur l'Antiquité romaine : vous vous embarquez dans des exposés tellement détaillés qu'une fois que vous avez répondu, on a oublié la question qu'on a posée.

13) Vous n'aimez pas la B.D. - sauf "Murena", "Les Aigles de Rome", "Cassius"... Ni les séries TV - sauf "Rome", "Spartacus", "Empire"...

14) Si on enlève les péplums de votre collection de DVDs, il vous en reste 8. Et vous possédez même quelques pornos dont l'action se déroule dans l'Antiquité.

15) Vous pensez que la folie de Caligula est très exagérée, et que Messaline n'était pas une nymphomane.

16) Vous avez frappé la dernière personne qui a prétendu que Jules César était Empereur. Et vous avez recommencé quand elle a affirmé que Néron avait brûlé Rome.

17) Rome, pour vous, c'est le Colisée, les Thermes de Caracalla, l'Arc de Constantin, le Circus Maximus... Quoi, le Vatican, la Fontaine de Trévi, la Chapelle Sixtine ?!! Au passage, vous avez pleuré la première fois que vous avez traversé le Forum.

18) Vous croyez AUX Dieux. Vous envisagez même d'installer prochainement votre propre laraire dans votre salon.

19) Votre rêve, c'est de vous faire construire une vraie domus, avec atrium, compluvium, triclinium, péristyle, etc. (Mais avec l'électricité et tout le confort moderne.)

20) Quand vous déménagez, 35 cartons sont estampillés "Rome". Et 5 autres regroupent tout le reste.

21) Un jour, vous avez confondu les deux frères Gracques : vous ne vous en êtes toujours pas remis.

22) Vous cuisinez régulièrement des recettes tirées du livre d'Apicius, et vous organisez chez vous des banquets romains où les convives sont invités à manger allongés.

Un dîner chez vous, à la bonne franquette...


23) Vous célébrez l'anniversaire de votre personnage romain préféré - avec un gâteau et une vraie fête.

24) Vous avez lu "Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain" d'Edward Gibbons, pour le fun. Et vous ne trouvez pas que "La Guerre des Gaules" soit si ennuyeux que ça.

25) Avec vous, un trajet de deux heures en voiture se termine immanquablement par un périple de 3 jours, à la découverte de tous les sites antiques de la région.

26) Sir Alma-Tadema est l'un de vos peintres préférés.

27) Vous vous demandez souvent quelles leçons tireront les archéologues du futur, en mettant au jour les vestiges que vous laisserez derrière vous. (Flacon de gel douche, télécommande, bol de petit déjeuner...)

28) La question : "Selon vous, qui a été le meilleur Empereur romain ?" vous semble être une bonne entrée en matière pour aborder un inconnu.

29) Quand vous entrez dans une librairie pour acheter un livre quelconque, vous ressortez avec 3 autres bouquins sur l'Antiquité. D'accord, vous avez déjà lu 15 biographies de Jules César, mais vous ne voyez pas pourquoi vous n'en liriez pas une seizième.

30) Vos héros sont tous morts depuis environ 2000 ans.

31) Vous dites "Antoine et Cléo" comme si c'était de vieux potes, et vous êtes surpris que vos interlocuteurs ne comprennent pas que vous parlez de Marc Antoine et Cléopâtre.

32) Vous avez passé 8 heures à visiter le Louvre : 7h30 dans les galeries dédiées à la sculpture antique et à Rome, et 30 minutes dans le reste du musée.

33) Une conférence donnée par un historien vous excite plus qu'une journée à Disneyland Paris.

34) Vous avez déjà rompu parce que votre petit(e) ami(e) était jaloux(se) de Tibère ou de Sylla. (Ou d'Agrippine ou de Sabine).

35) Le 15 Mars est un jour particulier pour vous. C'est limite si vous ne portez pas le deuil (ou  vous ouvrez une bouteille de champagne, si vous êtes Républicain.)

"La Mort de César" (Tableau de Friedrich Heinrich Füger.)


36) Pendant les fêtes de fin d'année, vous rappelez à qui veut l'entendre qu'au départ, c'était une FÊTE ROMAINE !!!! On devrait d'ailleurs relancer la célébration des Saturnales.

37) Un jour, vous avez tourné de l’œil en dénichant une statuette de l'Empereur Claude dans une brocante.

38) Vous possédez une collection impressionnante de livres sur l'Antiquité, y compris des livres pour enfants. (Voire pour enfants de 3 ans.)

39) Pour vous, rencontrer Joël Schmidt ou Claude Aziza, c'est comme rencontrer Mick Jagger pour les gens normaux.

Conférence de Claude Aziza.


40) Vous signez vos e-mails par la formule "Salvete".

41) Dans votre MP3, on trouve entre autres : "Au Temps Des Romains" d'Eddy Mitchell, "Hail Caesar" de AC/DC et "Coriolanus" de Blyth Power.

42) Sur Facebook, vous êtes ami avec des tas de gens dont le pseudo se termine par "-us".

43) Réciter la liste des Empereurs romains par ordre chronologique ne vous fait pas peur. Pas ordre alphabétique non plus.

44) Vous vous êtes déjà demandé comment réagiraient les Romains devant des inventions modernes comme le cinéma, internet ou le marteau-piqueur. Est-ce que Caligula aurait écouté Metallica ? En tous cas, vous savez pertinemment que Caton l'Ancien aurait désapprouvé le rap.

45) Vos amis savent toujours quoi vous offrir pour votre anniversaire : quelque chose en lien avec la Rome antique. 

46) Quand on vous demande qui sont vos écrivains préférés, vous citez Virgile, Ovide et Lucrèce.

47) On vous a déjà offert un modèle réduit de char romain, ou tout autre jouet pour enfant en rapport avec l'Antiquité : vous étiez ravi et vous avez passé l'après-midi à vous amuser avec.

Jules César en légo : j'en veux un !!

48) Vous tenez régulièrement des conférences improvisées sur les marches de la Maison Carrée, devant des touristes ébahis - qui vous avaient simplement demandé leur chemin...

49) Quand vous êtes sur Google, la recherche intuitive vous suggère immanquablement des trucs en rapports avec l'antiquité romaine. Exemple : vous commencez à taper "Horaires d'ouverture coiffeur" et Google vous propose "Horace Tibulle Properce".

50) Rien de ce qui précède ne vous paraît extravagant.


                                        J'aurais pu continuer longtemps, mais je pense que ces quelques propositions sont déjà suffisamment édifiantes. Je précise que je ne remplis pas toutes les conditions suscitées (seulement une bonne partie) et que je vous encourage vivement à ajouter vos propres suggestions en commentaire. Je ne doute pas un seul instant que certains d'entre vous se reconnaîtront...

dimanche 30 mars 2014

Agenda : Forum Du Livre Peplum 2014.

                                        C'est reparti ! Pour la quatrième année consécutive, l'association Carpefeuch organise son Forum du livre péplum, le 12 Avril prochain. Placée sous l'égide de l'Empereur Auguste à l'occasion du bimillénaire de sa disparition, cette manifestation proposera conférences, dédicaces, ateliers et séances de cinéma, ainsi qu'un espace librairie entièrement dédié à l'Antiquité dans la littérature et la BD.

                                        Dès le Vendredi 11 Avril, le Forum Kinépolis du centre ville de Nîmes diffusera deux péplums, présentés par Claude Aziza : "La Légende d'Hercule" et "300 : Naissance d'un Empire". Le lendemain, nous vous attendrons à partir de 9H30, vêtus de nos plus belles toges et stolae, dans l'enceinte du collège Feuchères. Après l'ouverture des portes, en présence de l'Empereur Auguste lui-même, vous aurez tout le loisir de découvrir les romans, biographies et bandes dessinées disponibles à la vente, et notamment les ouvrages d'Eric Teyssier, Claude Aziza, Luc Mary et Jean d'Aillon, présents pour des dédicaces. Vous pourrez aussi tenter votre chance à notre tombola dotée de nombreux lots, participer à des ateliers mosaïque et jeux antiques animés par Véronique Pinguet-Michel du Petit Atelier de l'Emporte-Pièce (Lien ici), ou encore assister à de nombreuses animations et démonstrations.  



                                        Tout au long de la journée, nos spécialistes se succèderont pour plusieurs conférences et tables rondes consacrées à Auguste : Béatrice Bakhouche abordera la signification du nom d'Auguste (10H), Eric Teyssier étudiera l'empreinte qu'il a laissée sur le ville de Nîmes (11H), Luc Mary vous racontera la bataille de Teutobourg (13H30), Jean d'Aillon présentera le détective romain héros de ses romans (14H30), Claude Aziza traitera du thème d'Auguste dans la fiction (15H30), avant de retrouver Valérie Mangin (scénariste de la BD "Alix Senator") pour parler de ce personnage (16H30). Enfin, le forum se clôturera par la projection d'un dessin animé. Et pour terminer en beauté, le Forum Kinépolis accueillera à nouveau les spectateurs pour l'avant-première du film "Noé", où Russell Crow est dans un bateau...  

                                        Passionnés d'antiquité ou simples curieux, petits ou grands seront les bienvenus pour découvrir, échanger et partager autour de la figure du premier Empereur romain. Pour tout renseignement, vous pouvez me contacter par courriel ou consulter le site internet de l'association Carpefeuch : ici. Parlez-en autour de vous et venez nombreux !


FORUM DU LIVRE PÉPLUM : 12 AVRIL 2014.
De 9H30 à 18H30.
Collège Feuchères - 3 avenue Feuchères - 30000 Nîmes.

Pour les séances de cinéma :  FORUM KINEPOLIS.

3 rue Poise - 30000 Nîmes - Tél : 04 66 67 29 94 - Lien ici.

Vendredi 11 Avril 2014 : La Légende d'Hercule à 19H30. (90 min.)
                                           300 : Naissance d'un Empire à 21H30. (102 min.)
Samedi 12 Avril 2014 :   Noé à 19H30. (139 min.)


En partenariat avec les librairies Siloë, Teissier, le Bédéphile et avec le concours de Metropolitan Filmexport, les éditions Faton, McDonald's France et Ferrero France. 

mercredi 26 mars 2014

François-André Vincent, un artiste entre Fragonard et David.

                                        Ce Dimanche 23 Mars, j'ai eu l'occasion de visiter avec l'association Carpefeuch l'exposition que le musée Fabre de Montpellier consacre en ce moment à François-André Vincent. Intitulée "François-André Vincent, un artiste entre Fragonard et David", cette rétrospective met à l'honneur un peintre méconnu, pourtant l'un des chefs de file du néoclassicisme et considéré à l'époque comme l'égal d'un David, justement. C'est plus précisément la prédilection du peintre pour les sujets antiques qui nous a conduits au musée Fabre, et en compagnie de notre guide Fiorana, nous avons découvert son œuvre au travers d'un parcours chronologique présentant tableaux, dessins et esquisses préparatoires qui mettent en exergue le talent d'un artiste capable d'assimiler diverses influences, au service d'une peinture ancrée dans le néoclassicisme mais qui annonce pourtant le courant romantique.

François-André Vincent, peint par son épouse Adélaïde Labille-Guiard en 1795. (Via wikipedia.)


Les débuts en France et en Italie.


                                        Né à Paris en 1746, François-André Vincent reçoit ses premières leçons d'un père miniaturiste, dont il garde sans doute le goût du détail et de la précision, caractéristique de son œuvre. Il se forme ensuite auprès de Joseph-Marie Vien, peintre montpelliérain qui lui transmet sa passion pour les sujets antiques. C'est d'ailleurs avec un tableau intitulé "Germanicus apaisant la sédition" que Vincent obtient le Grand Prix de Rome en 1771 : les légions commandées par Germanicus, fils adoptif de l'Empereur Tibère, le pressèrent de destituer l'Empereur, mais il refusa et mata la rébellion. On le voit ici, intervenant auprès de ses soldats qui lui demandent de leur pardonner.  


"Germanicus apaisant la sédition." (©VladoubidoOo via wikipedia.)

                                        Ce tableau lui ouvre les portes de l’Académie de France à Rome. Il y séjourne jusqu'en 1775 et s'y lie d'amitié avec Fragonard et rencontre Bergeret de Grancourt, riche mécène qui lui commandera plusieurs tableaux. Issu d’une famille protestante, sa religion lui permet en outre de se lier avec des artistes du nord de l’Europe, dont le rapport à la lumière affecte son travail. Lors d'un séjour à Naples, il visite également Herculanum et Pompéi, qui viennent alors juste d'être découvertes, et ces voyages lui serviront de base de travail lorsqu'il réalisera des tableaux à thème antique.

                                        Les œuvres de jeunesse laissent déjà entrevoir plusieurs éléments caractéristiques du style de Vincent : la grande précision accordée aux détails contraste avec des coups de pinceau plus rapides et nerveux dans le style de Fragonard ; les couleurs sont fortes et les blancs lumineux;  l'artiste appose de grands empâtements de peinture; il privilégie souvent une composition centrée sur un personnage statique dans une pose particulière, autour duquel les autres protagonistes en mouvement engendrent la dynamique du tableau. Les œuvres présentées dans cette salle illustrent aussi son talent de portraitiste. Qu'il s'agisse de Bergeret de Grancourt ou de sa chienne (!), de l'auto-portrait de l'artiste dans le plus pur style de Fragonard, ou du magnifique triple portrait où Vincent se représente en compagnie de l'architecte Rousseau et du peintre Van Wyck, chacun de ces tableaux étonne par le sens de la composition, originale et pertinente, et par l'étonnante expressivité des visages.



"Triple portrait de l'artiste..." (RMN - Grand Palais - ©Daniel Arnaudet - Service presse / MBA Tours.)

                                        On retrouve ces mêmes qualités dans les nombreux dessins réalisés par Vincent, qui montrent bien qu'il ne s'agit pas uniquement pour lui d'un simple travail préparatoire : la variété des techniques employées, la finition et le soin apportés à chaque esquisse, la signature systématique dénotent l'importance que le dessin revêt aux yeux de l'artiste. En parallèle, il réalise toute une série de caricatures, prenant pour cibles ses amis, et qui évoquent fortement Daumier.


Les succès parisiens.


                                        A Paris, Vincent présente deux tableaux lors du Salon de 1777 : "Alcibiade recevant les leçons de Socrate" et "Bélisaire, réduit à la mendicité, secouru par un officier des troupes de Justinien". Deux toiles d'inspiration antique où l'on observe à nouveau le soin apporté aux détails, la vivacité des couleurs, mais aussi la subtilité des textures - cuirasses, barbes, étoffes, etc. Les compositions, similaires,  se présentent comme des plans rapprochés, au plus près des personnages. Les deux toiles montrent aussi la manière dont le peintre met en scène des sujets antiques, qu'il est l'un des premiers à représenter. Avec pour ambition de s'approcher au plus près de la vérité, il puise dans la statuaire antique - se basant par exemple pour son Socrate d'un buste vu à Rome, ou utilisant le contrapposto typique de la sculpture antique. 

"Alcibiade recevant les leçons..." (Musée Fabre de Montpellier  - © Frédéric Jaulmes - Service presse / MBA tours.)


                                        Par ailleurs, l'une de ses œuvres, "Saint Jérôme entendant la trompette du Jugement dernier", lui vaut d'être agréé à l'Académie. Étrangement, cette toile est beaucoup plus classique, empruntant presque au baroque. Ces succès permettent à Vincent de recevoir des commandes, et il réalise notamment des toiles inspirées de l'histoire nationale - comme "Le Président Molé saisi par les factieux du temps des guerres de la Fronde", qui lui vaut un vif succès au Salon de 1779. La posture du personnage représenté de dos est quasiment identique à celle du gladiateur Borghèse - attitude que reprendra Vincent dans une autre toile, "La leçon d'agriculture".

"Le président Molé et les factieux..." (Dépôt du musée du Louvre - C2RMF - ©Thomas Clot - Service presse / MBA Tours.)






Le gladiateur Borghèse.


 
                                        Il ne délaisse d'ailleurs pas pour autant l'Antiquité puisqu'il peint le "Combat des Romains contre les Sabins" en 1781 - soit bien avant que David n'en présente sa propre version, reprenant au centre de sa composition l'image de la Sabine séparant son frère et son mari. On peut encore citer "L'enlèvement d'Orythie" que Vincent présente en 1783 et qui lui permet d'être reçu à l'Académie royale, et le "Zeuxis et les filles de Crotone" dont le musée expose les dessins préparatoires - ouvrant une fenêtre sur la façon dont Vincent pense ses toiles et dont il en construit toute la structure.

"Le Combat des Romains contre les Sabins..." (©Musées d'Angers.)

La Révolution.


                                        Pendant la révolution, les commandes se faisant rares, la plupart des peintres répondent à celles de la bourgeoisie, qui se substituent à celles de l'aristocratie. Vincent est moins prolifique, mais il exécute plusieurs portraits, assez proches de la peinture de son grand rival David auquel il emprunte la clarté du fond, mais toujours avec plus de détails. Il peint également un "Guillaume Tell", ses origines suisses l'incitant à représenter ce héros de l'indépendance helvète, exaltation de la liberté et du patriotisme parfaitement en phase avec l'époque.

                                        Il peint aussi "La leçon d'agriculture", à la fois allégorie et tableau naturaliste dans l'esprit de la philosophie rousseauiste. On retrouve une fois de plus certaines références italiennes -  le bras de l’agriculteur imitant celui du Dieu de la chapelle Sixtine, ou la posture du gladiateur Borghèse déjà cité plus haut.

"La leçon d'agriculture." (© Musée des Beaux-Arts, Bordeaux - © Lysiane Gauthier - Service presse / MBA Tours.)


Le Consulat et l’Empire.


                                        Affaibli par la maladie et frappé par des deuils successifs, François-André Vincent produit moins de toiles lors des dernières années de sa vie. L'entourage de Napoléon lui confie toutefois plusieurs commandes officielles, à commencer par une immense "Bataille des Pyramides" de 9m sur 4, qu'il n'achèvera pas (le tableau sera repris par un élève de David) mais dont il nous reste des esquisses préparatoires dynamiques et furieuses, dans un style déjà pré-romantique qui ouvre la voix à un Delacroix. Sa dernière œuvre, commande de Jérôme Bonaparte, surprend encore - cette "Allégorie sur la libération des esclaves d'Alger" mêlant peinture historique et symboles dans une toile de facture classique.

                                        Au cours des dernières années de sa vie, Vincent expose notamment deux tableaux qui, par la réalisation et le thème abordé, annoncent déjà la sensibilité romantique. Ainsi le portait d'Antoine-Vincent Arnault, poète représenté sur fond de paysage, le regard perdu vers l'horizon et les cheveux aux vents, et posant dans une attitude caractéristique des toiles romantiques. L'autre toile, "Mélancolie", est un chef-d’œuvre de sensibilité : le culte de la mort, si cher aux Romantiques, dénote en outre l'état d'esprit d'un homme malade et en deuil. Ce tableau sera sa dernière œuvre exposée : François-André Vincent meurt à Paris en 1816.  


                                        A sa mort, ses toiles sont vendues et dispersées, par exemple dans des collections privées. Ajouté au fait que la signature sur les tableaux a souvent été grattée, ceci explique en partie pourquoi l’œuvre de Vincent est si méconnue. Mais surtout, ces peintures ont longtemps été attribuées à d'autres artistes majeurs, et non des moindres : Fragonard, David, Boucher, voire Géricault. La "faute" en incombe en grande partie à Vincent lui-même, artiste protéiforme qui empruntait à plusieurs styles et ne cessait de se renouveler et de varier les sources d'inspiration, adaptant sa peinture au sujet traité. Incohérent en apparence, son parcours suit néanmoins une trajectoire qui le conduit d'une peinture très classique et traditionnelle, proche d'un Fragonard ou des peintres du Grand Siècle, à un art plus fougueux et sentimental, précurseur du Romantisme. Avant d'annoncer ce courant artistique, Vincent fut aussi l'un des premiers à traiter de sujets empruntés à l’Antiquité ou à l’Histoire de France, et il fait figure d'initiateur du mouvement néoclassique.



"Bélisaire réduit à la mendicité..." (Musée Fabre de Montpellier Agglo.- ©Frédéric Jaulmes - Service presse / MBA Tours.)

                                        Paradoxalement, cette grande variété et cette non-appartenance exclusive à un courant ou à un style expliquent sans doute que Vincent ait été négligé: insaisissable, ce caméléon échappe aux classifications et sa versatilité rend son œuvre difficile à appréhender dans son ensemble. Il faut ajouter que Vincent était en rivalité permanente avec David - serait-il son Salieri ? - et que les Delacroix ou les Géricault qui lui succèderont seront considérés comme d'authentiques génies. C'est peut-être finalement la conclusion que l'on peut tirer de cette exposition: comme le résumait l'une de mes camarades de Carpefeuch, "Vincent avait du talent, mais pas de génie". Encore que, après réflexion, je me permettrai de relativiser ce jugement. Si le génie de Vincent ne réside pas dans la technique et dans l'exécution, peut-être faut-il le chercher ailleurs, c'est-à-dire dans la manière dont il anticipe les évolutions artistiques, tout en restant dans un cadre institutionnel et traditionnel, conciliant ainsi classicisme et avant-garde. Ce qui n'est pas un moindre mérite.




François-André Vincent (1746-1816), un artiste entre Fragonard et David.
Jusqu'au 11 mai 2014.

Musée Fabre
39 Boulevard Bonne Nouvelle
34000 Montpellier.
Tél : 04 67 14 83 00
Lien ici.

Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 18h.

Tarif : 8€ (tarif réduit : 6€).
L’achat d’un billet pour l'exposition temporaire donne également accès aux collections permanentes et à l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran.

dimanche 16 mars 2014

Les Argées, Un Mystérieux Rituel.



                                        Dans un précédent article, je soulignais la place de la superstition et l'importance des traditions dans la religion romaine antique. En fait, les Romains étaient parfois tellement attachés à ces pratiques rituelles qu'il leur arrivait de célébrer certaines cérémonies tout en ignorant leur signification exacte. Le rituel dont je vais vous parler aujourd'hui fait précisément partie de ces actes religieux dont le sens, perdu depuis les temps archaïques, échappait totalement aux Romains. Pourtant, ils n'en respectaient pas moins fidèlement le déroulement.

                                        Il s'agit des Argées (Argei), sans doute l'un des rituels les plus anciens de l'Antiquité romaine, et aussi l'un des plus obscurs. Les Romains eux-mêmes, bien qu'ils aient suivi le rituel à la lettre, ne savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient. Du coup, vous vous doutez bien qu'on en sait encore moins aujourd'hui !

                                        Ce rituel se déroulait en deux étapes distinctes. Dans les deux cas, une procession parcourait la ville, rejoignant des sanctuaires et stations. Au nombre de 24 selon Varron, ces chapelles étaient réparties dans les différents quartiers de Rome, chacun en accueillant 6. 


Vestales en procession, précédées du Grand Pontife. (©B. McManus via vroma.org)

                                        La première cérémonie avait lieu le lendemain et le surlendemain des Ides de Mars (16 et 17 Mars), en présence de la Flaminica Dialis, épouse du flamine de Jupiter, qui apparaissait les cheveux épars, en signe de deuil. On déposait des mannequins (30 ou 24 selon les sources) de jonc, roseau ou paille dans les différents sanctuaires. Soixante jours plus tard, soit lors des Ides de Mai (14 Mai), une nouvelle procession parcourait la ville, et on retirait les mannequins déposés deux mois plus tôt. On se regroupait près du pont Sublicius, sur lequel se tenaient les pontifes et les magistrats. Après le sacrifice d'usage, les Vestales jetaient les mannequins dans le Tibre.
"C’était les simulacres en joncs de vingt-quatre Argiens, que les prêtres jetaient publiquement tous les ans du pont Sublicius dans le Tibre." (Varron, "De La Langue Latine", VII-44.)

Monnaie de Trajan, montrant peut-être le pont Sublicius. (©B. McManus via vroma.org)


                                        Tout ce petit manège soulève au moins deux questions : d'où venait cette tradition, et quel en était le but ? Le problème, c'est justement qu'on en a aucune idée ! Même les Romains y perdaient leur Latin, et ça ne s'est pas arrangé depuis...

                                        L'origine et la finalité du rituel demeurent un mystère. A qui était destiné ce sacrifice ? A Dis Pater, à Saturne ? Était-ce un rituel d'expiation, de purification, en lien avec la Terre ? Certains pensent que les mannequins étaient sensés débarrasser la ville des souillures et pollutions morales ; selon une autre théorie, les effigies ainsi noyées commémoraient un sacrifice de masse, perpétré lors de la construction du pont afin d'attirer la bienveillance des Dieux. En résumé, personne n'en savait rien.

                                        Tite-Live prétend que les sanctuaires des Argées (Argeorum sacraria) avaient été bâtis par Numa Pompilius, le successeur de Romulus. C'est d'ailleurs un bon truc à retenir : dès qu'apparaît une institution religieuse, dites qu'on l'attribue à Numa ! Il y aura au moins un auteur antique pour vous donner raison... D'autres légendes lient la cérémonie au demi-Dieu Hercule, qui était arrivé en Italie avec les Argiens pour fonder la ville de Saturnia au pied du Capitole : les Argiens auraient ordonné que, une fois morts, leurs cadavres soient jetés dans le Tibre afin que les flots les ramènent jusqu'à leur Argolide natale.


Statuette d'Hercule. (Bronze du Ier/ IIème s. - Musée du Louvre.)

                                        Denys d'Halicarnasse rapporte un autre fait intéressant lorsqu'il explique que les mannequins précipités dans le Tibre n'ont pas toujours été des mannequins... A l'origine, il s'agissait d'un sacrifice humain, des hommes âgés de plus de 60 ans se portant volontaires (en d'autres termes, des types qui, selon les critères de l'époque, avaient déjà un pied dans la tombe et voulaient sans doute partir avec les honneurs.) ou étant choisis parmi les plus faibles, selon Ovide. En tous cas, les deux auteurs s'accorde sur le fait qu'Hercule, décidant d'abolir les sacrifices humains, aurait remplacé les malheureux ou courageux anciens par des mannequins, ersatz d'offrandes dédiées à Saturne.
"Ce jour-là aussi, la coutume veut que les Vestales jettent des mannequins de jonc, figurant des hommes des premiers âges, du haut du pont de chêne. Avoir cru qu'on envoyait à la mort des vieux de soixante ans, c'est accuser nos ancêtres d'un crime infâme. Jusqu'à l'arrivée en cette contrée de l'homme de Tirynthe, ce triste rituel à la manière de Leucade s'est accompli chaque année ; on dit qu'Hercule a jeté dans l'eau des citoyens de paille, et qu'à son exemple, on jette des semblants de corps. Certains pensent que, pour laisser aux seuls hommes jeunes le droit de vote, on précipitait du pont les vieillards affaiblis." (Ovide, "Fastes", V - 621.)

                                        Plutarque donne quant à lui une interprétation radicalement différente :
"Pourquoi, au mois de mai, jettent-ils du haut du pont de bois dans le Tibre des figures d'hommes qu'ils appellent Argiens ? Cela vient-il de ce que les Barbares qui habitaient anciennement le pays faisaient périr de cette manière les Grecs qui tombaient entre leurs mains? Mais Hercule, dont ils admiraient la valeur, abolit cette coutume meurtrière et leur conseilla de jeter dans le fleuve ces sortes de figures, afin de satisfaire leur superstition. Or, dans les premiers temps,on donnait également à tous les Grecs le nom d'Argiens. Faut-il attribuer cet usage au roi Évandre, qui s'enfuit de la Grèce et vint s'établir en Italie ? Et les Arcadiens de sa suite, qui regardaient les Grecs comme leurs ennemis, à cause du voisinage, voulurent, par cet usage, perpétuer le souvenir de leur haine contre ces peuples." (Plutarque, "Questions Romaines", 32.)

Sacrifice humain accompli par Achille. (Tombeau étrusque.)


                                        Bref, il existe beaucoup d'opinions divergentes quant à la nature exacte des Argées. Ce qui est rassurant, c'est que les Romains eux-mêmes n'y comprenaient rien, mais que ça ne les empêchait pas de perpétuer la tradition. Bien sûr, on pourrait se demander quel était l'intérêt de célébrer un rituel tellement ancien et obscur qu'on en ignorait absolument tout. Mais qui sait quel Dieu on aurait bien pu offenser en faisant l'impasse sur ce petit manège archaïque ? Et puis, soyez francs : connaissez-vous vraiment la signification exacte de toutes les fêtes de notre calendrier?